Temps de lecture - 3 minutes
Un article du média français Le Monde, publié le 30 mai 2026, dresse le portrait d’une nouvelle tendance émergente : le « non-départ en vacances » choisi et assumé.
Mis à jour le 5 juin 2026
Crédit photo : Michel Julien
Un article du média français Le Monde, publié le 30 mai 2026, dresse le portrait d’une nouvelle tendance émergente : le « non-départ en vacances » choisi et assumé. Notre chargé de projets Recherche et Intelligence d’affaires chez Événements Attractions Québec (ÉAQ), Céline Couveignes, s’est prêtée au jeu d’analyser les propos sous un jour bien moins dramatique et plus aligné avec les réalités observées depuis plusieurs années.
Longtemps associés à l’éloignement du quotidien, à la rupture géographique et à l’accumulation d’activités, les vacances sont aujourd’hui réinterprétées par une partie des publics. Le « non-départ choisi » ne traduit pas un désintérêt pour l’expérience touristique, mais une transformation des attentes envers le temps libre, le repos et la valeur perçue des sorties.
Le tourisme met souvent en opposition les voyageurs, qui consomment du tourisme en planifiant un voyage, et les non-consommateurs, qui ne partent pas pour des raisons financières généralement. Or, depuis plusieurs années, et notamment depuis la pandémie de la Covid-19, un nouveau phénomène apparait. Inscrit dans les tendances de déconnexion, de consommation de proximité, ou encore de tourisme lent, la nouvelle pratique du « non-départ » s’inscrit dans un contexte où les normes associées aux vacances évoluent. Partir n’apparaît plus systématiquement comme l’unique manière de « réussir » son temps de repos. Pour certains publics, rester chez soi ou privilégier la proximité devient une réponse à la fatigue organisationnelle, à la pression de performance liée aux séjours et, dans certains cas, aux contraintes économiques. Cette évolution rejoint des signaux plus larges observés autour de la recherche de lenteur, de simplicité et de reconnexion à soi.
Plusieurs signaux convergent. D’une part, les publics expriment un besoin de temps plus qualitatif, moins structuré par la logistique et l’optimisation. D’autre part, la valeur des vacances se déplace : il ne s’agit plus seulement de se rendre ailleurs, mais de vivre une rupture de rythme, de se ressourcer et de donner du sens à son temps libre.
Les données issues des travaux d’ÉAQ confirment cette évolution, comme dans l’étude « Satisfaction des visiteurs et impacts des festivals, événements et attractions touristiques sur le bien-être » parue en mars 2026. Les bénéfices recherchés lors de la fréquentation de festivals et d’attractions touristiques sont désormais fortement liés au bien‑être : Pour la grande majorité des répondants, festivals (89%) et attractions (88%) riment avant tout avec divertissement et plaisir. Que ce soit pour les festivals (82 %) ou les attractions (84 %), environ 8 répondants sur 10 recherchent avant tout à s'évader du quotidien et à changer de routine.
Parallèlement, le niveau de satisfaction envers l’offre est élevé et stable : 69 % des Québécois se disent satisfaits de l’offre récréotouristique provinciale, et 68 % de l’offre régionale. Un signe que la demande ne disparaît pas, mais se transforme.
Le non-départ ne signifie donc pas l’absence de désir d’expérience. Il traduit plutôt une sélection plus rigoureuse des occasions de sortie, avec une attention accrue à la proximité, à l’accessibilité, à la simplicité et à la valeur réelle perçue.
Ce phénomène ne doit pas être interprété comme une posture anti-touristique. Il révèle plutôt une redéfinition de la promesse touristique. L’enjeu n’est plus uniquement le déplacement, mais le bénéfice recherché : repos réel, respiration, intensité vécue, déconnexion ou sentiment d’évasion. Dans cette perspective, le « chez-soi » ou la courte distance ne s’opposent pas à l’expérience : ils en modifient les conditions d’accès et les critères de valeur.
Cette lecture rejoint les tendances touristiques présentées par ÉAQ en février 2026 qui montrent des publics plus prudents, plus sélectifs et davantage sensibles à la cohérence entre le prix, l’effort demandé et le bénéfice retirée. Pour n’en citer que quelques-unes : la déconnexion numérique ou encore le marketing authentique sont des exemples parfaits.
Pour les festivals, attractions et destinations, cette tendance invite à repositionner l’offre moins comme une simple occasion de divertissement que comme une expérience à faible friction, intégrée à la vie réelle des visiteurs. Les propositions locales, immersives et accessibles peuvent gagner en pertinence si elles répondent à un besoin concret de ressourcement.
Toujours selon l’étude « Satisfaction des visiteurs et impacts des festivals, événements et attractions touristiques sur le bien-être », le visiteur ne recherche donc plus uniquement une activité loin de son domicile, car 78% des Québécois visitent au moins une attraction touristique par année dans leur région, avec une moyenne de 3.1 attractions visitées. Ils sont également nombreux à participer à au moins un festival dans leur région par an (71%), avec 2.6 événements ou festivals par année. Ces chiffres sont cohérents avec les observations des études d’intentions de visites estivales et hivernales.
En parallèle, cette évolution appelle une lecture plus fine de la demande : il devient stratégique de distinguer les non‑voyageurs contraints des non‑voyageurs choisis, puisque leurs motivations, leurs arbitrages et leur rapport à l’offre ne sont pas les mêmes. Pour les organisations, l’enjeu est donc autant marketing qu’analytique, mais aussi expérientiel : il s’agit de concevoir des offres capables de générer un bénéfice tangible en termes de bien‑être, et non uniquement de capter l’attention.
Cette tendance est l’occasion de :
Reformuler la communication autour des bénéfices vécus : repos, respiration, déconnexion, sens et proximité.
Le non-départ choisi met en lumière un déplacement de la valeur touristique : le départ n’est plus uniquement recherché, mais l’objectif est de se sentir ailleurs, autrement. Pour le secteur, cela ne signifie pas une baisse de l’intérêt pour les expériences, mais plutôt une exigence accrue envers leur pertinence, leur simplicité et leur capacité à répondre à un besoin réel de ressourcement. En ce sens, la tendance confirme moins un recul du tourisme qu’une transformation des attentes qui le structurent.